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Depuis quelques semaines deux livres reviennent régulièrement dans les discussions avec nos clients : Comme des bêtes de Violaine Bérot et Que sur toi se lamente le Tigre d’Emilienne Malfatto. Ces deux ouvrages, qui, a priori, n’ont rien à voir l’un avec l’autre – l’un a pour toile de fond un village pyrénéen, l’autre les rives irakiennes du Tigre – ont une structure commune et semblent parler la même langue : celle qui dit avec précision la douleur d’être autre, l’autre, celle ou celui cantonné au rôle que l’on veut bien lui donner. Les chapitres du roman de Violaine Bérot font entendre la voix de personnages qui ont connu « l’ours ». Ils dessinent peu à peu son portrait et la géographie sociale du lieu dans lequel il était inscrit jusqu’à l’heure du drame. Chaque témoignage est suivi par le chant d’une voix tierce, celle des fées qui observent à distance « le monde d’en bas ».

Dans son roman, Emilienne Malfatto donne, quant à elle, le rôle de l’observateur impuissant au fleuve Tigre. Il déplore cette guerre sans fin qui ne fait qu’accentuer les inégalités dont sont victimes les femmes irakiennes. Serait-ce parce qu’Eve a cueilli la pomme sur un arbre de sa rive, « l’arbre interdit, l’arbre de la connaissance » ? Il se pose la question et laisse la réponse ouverte, mais il semble que « les hommes [, eux,] y croient ». On touche alors au cœur du livre et à ce qui l’unit au texte de Violaine Bérot : les deux autrices nous proposent, grâce à leur dispositif romanesque singulier, de remettre en question des croyances et des normes que l’on croient constitutives de notre culture. Comme des bêtes et Que sur toi se lamente le Tigre viennent ainsi rejoindre le cercle des grands romans, ceux qui mènent le lecteur à la réflexion avec grâce et justesse.

Comme des bêtes
Violaine Bérot
Buchet Chastel, 2021
 
 
 
Que sur toi se lamente le Tigre
Emilienne
Malfatto
Elyzad, 2020
 
 
 

 


Jours à Leontica
Fabio Andina
Éditions Zoé, 2021
256 pages

7 jours, 7 chapitres et tout un univers qui se dévoile…
Le Felice, 90 ans est un personnage déterminé et un homme d’habitudes. Il accepte de partager celles-ci avec le narrateur qui va le suivre durant quelques jours. C’est un monde qui s’ouvre à lui, à nous, celui de la lenteur, de l’observation et de la simplicité. En relatant ces journées rythmées par la nature environnante, il découvre un monde rempli de sagesse, de bienveillance et d’entraide.

De manière intemporelle et par le biais d’une écriture imagée, l’auteur nous décrit la vie ordinaire des habitants de Leontica, petit village d’une vallée tessinoise. Tel un récit de vie, ce texte nous permet de faire la connaissance de gens pour lesquels le mot communauté n’est pas vain. Des gestes simples aux échanges peu verbaux. De l’humour si particulier des taiseux à la curiosité de l’autre. De la sobriété jusqu’aux situations plus picaresques… Il faut savoir que Felice se trempe tous les matins dans une gouille d’eau en altitude et cela par n’importe quel temps… qu’il marche pieds nus jusque tard dans la saison hivernale… que les décoctions de plantes sont sa boisson de prédilection et ça dans le pays de la grappa… qu’un jeune paysan du village a posé pour le calendrier agricole… que les kakis poussent là-bas comme chez nous, les pommes. Un livre envoûtant grâce à sa description minutieuse, poétique d’un univers parfois âpre mais tellement humain. Un texte contemporain… aux accents nostalgiques ?